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La Mezquita et Medina Azahara, novembre 2025

  • Photo du rédacteur: Inès
    Inès
  • 27 nov. 2025
  • 6 min de lecture

Salut tout le monde,

Comme promis, je vais vous raconter un peu de l'histoire d'Espagne à travers la présentation de la Mezquita de Cordoba. Si vous n'êtes pas intéressé par l'histoire, allez directement au fond voir les magnifiques photos de Sandrine. Par contre, si vous avez envie d'en connaître un peu plus... voilà ce que j'ai appris.


La Mezquita de Córdoba n’est pas seulement l’un des monuments les plus emblématiques d’Espagne : c’est aussi un livre d’histoire en pierre, dont chaque arc, chaque colonne et chaque cour révèle les différentes cultures qui ont façonné la péninsule Ibérique. Sa construction s’étend sur plusieurs siècles, au rythme des changements politiques et religieux d’Al-Andalus (nom donné aux territoires de la péninsule Ibérique sous domination musulmane, du VIIIᵉ au XVe siècle).


Bien avant l’arrivée des Omeyyades (dynastie arabe d’origine syrienne, fondatrice du califat omeyyade de Damas puis d’Al-Andalus), le site abritait une basilique wisigothique, Saint-Vincent de Saragosse.


Lorsque les musulmans s’installent à Córdoba au VIIIᵉ siècle, le bâtiment est utilisé conjointement par chrétiens et musulmans, un arrangement assez rare dans l’histoire médiévale. Ce partage prend fin lorsque les Omeyyades rachètent la partie chrétienne pour construire une mosquée destinée à devenir le centre religieux d’un pouvoir en pleine ascension.


En 785, Abd al-Rahman I (prince omeyyade réfugié en Espagne après la chute de sa famille à Damas, fondateur de l’émirat indépendant de Córdoba) lance la construction d’une grande mosquée qui doit rivaliser avec celles du Moyen-Orient. Il choisit un plan hypostyle (salle soutenue par une multitude de colonnes) et un système d’arcs superposés, aujourd’hui emblématique, alternant pierres blanches et briques rouges. Cette innovation est autant esthétique que structurelle, car elle donne de la hauteur et de la lumière à un espace immense.


La mosquée grandit au fur et à mesure que Córdoba devient l’un des centres intellectuels et politiques majeurs d’Al-Andalus. Abd al-Rahman II (émir omeyyade de Córdoba) agrandit la salle de prière vers le sud, prolongeant la forêt de colonnes et donnant à l’ensemble une première version monumentale. Sous le règne d’Al-Hakam II (calife de Córdoba, considéré comme l’un des souverains les plus cultivés d’Al-Andalus), l’édifice atteint un niveau de raffinement exceptionnel : création du mihrab octogonal décoré de mosaïques byzantines, ajout d’une maqsura (espace réservé au souverain pendant la prière) finement sculptée, perfection des marbres et des arcs.


Un aspect particulièrement fascinant de la Mezquita de Córdoba est que la quasi-totalité de ses colonnes provient de matériaux de remploi. Lors de la construction de la mosquée omeyyade, les artisans ont réutilisé des fûts de colonnes, des chapiteaux et des bases provenant d’anciens bâtiments romains, wisigothiques et tardo-antiques (période de la fin de l’Antiquité, généralement comprise entre le IIIᵉ et le VIIᵉ siècle) présents dans la région.


Cette pratique de spolia était à la fois pragmatique et symbolique. Pragmatique, parce qu’elle permettait d’obtenir rapidement de grandes quantités de matériaux nobles comme le marbre, le granit ou le porphyre, sans devoir les extraire, les tailler ou les transporter depuis des carrières lointaines. Symbolique, parce que la réutilisation d’éléments issus de civilisations précédentes exprimait la continuité du pouvoir et la capacité du nouvel État omeyyade à s’inscrire dans l’héritage méditerranéen.


Le résultat est un ensemble architectural d’une grande variété : les colonnes sont de hauteurs, de couleurs et de styles parfois très différents (corinthien, ionique, composite…)


À la fin du Xe siècle, le vizir Almanzor (chef militaire et politique tout-puissant du califat) réalise la plus vaste des extensions en élargissant la mosquée vers l’est, doublant presque sa capacité tout en respectant l’esthétique originelle.


Après la prise de Córdoba en 1236 par les troupes chrétiennes de Ferdinand III, la mosquée est consacrée cathédrale. Les rois choisissent de l’adapter plutôt que de la remplacer, ce qui en assure la préservation.


Les modifications restent limitées jusqu’au XVIᵉ siècle, où la construction d’une nef cathédrale de style Renaissance est décidée au cœur de la salle de prière. Cette intervention, longtemps débattue, crée un ensemble architectural unique où cohabitent l’art omeyyade, le gothique, la Renaissance et le baroque.


Aujourd’hui, la Mezquita de Córdoba est un lieu où les époques se superposent sans s’effacer. On y lit l’ambition de l’émirat omeyyade, l’apogée du califat, la mémoire de la ville chrétienne et le dialogue complexe entre cultures méditerranéennes.


On voit bien sur les photos le mélange des cultures... les croix catholiques sur les éclairages au milieu des voutes musulmanes, les voutes et le coeur.


Contrairement à ce que l’on observe dans la plupart des mosquées, la Mezquita de Córdoba n’est pas orientée en direction de La Mecque. Au lieu d’être tournée vers le sud-est (la direction correcte depuis la péninsule Ibérique), elle est orientée presque plein sud, déviant d’environ 30° par rapport à la qibla traditionnelle.


Cette particularité a donné lieu à plusieurs interprétations. La plus couramment retenue est que les Omeyyades d’Al-Andalus ont suivi l’orientation des premières mosquées de l’empire omeyyade oriental, notamment celle de Damas, qui avait elle-même adopté une orientation symbolique plus qu’astronomique.


Dans cette logique, les souverains de Córdoba auraient choisi de maintenir la tradition architecturale de leurs ancêtres plutôt que d’ajuster précisément la direction de la prière. Cette orientation sud exprimerait ainsi un héritage omeyyade autant qu’une affirmation de continuité politique avec le Proche-Orient.


D’autres chercheurs soulignent que l’implantation de la mosquée sur le site de l’ancienne basilique wisigothique aurait imposé certaines contraintes structurelles. Dans cette hypothèse, l’orientation préexistante du terrain et des fondations aurait influencé la disposition de la mosquée, les travaux ayant été conçus pour s’intégrer à un espace urbain déjà très densément bâti.


Quelle qu’en soit la raison exacte, cette orientation particulière fait partie des éléments qui distinguent la Mezquita de Córdoba. Elle rappelle qu’au-delà de son génie architectural, l’édifice est aussi le témoin des choix symboliques, politiques et pratiques des différentes époques qui l’ont façonné.


Comme Isabel était professeur d'histoire, et qu'elle est toujours aussi passionnée, on a appris plein de choses super intéressantes. Entre autre, on a pu comprendre ce que venait faire un boeuf au milieu d'une église...


Quelqu'un m'a dit... que ce bœuf blanc, après avoir déplacé toutes les colonnes de la mosquée, mourut d'épuisement en posant la dernière. L'animal, avec son visage déformé et sa gueule ouverte, exprime la douleur et l'agonie.


Et je m'arrête là pour ce qui est de la Mezquita. Maintenant, parlons de medina Azahara, suite logique de la visite de Cordoba.


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À quelques kilomètres de Córdoba, au pied des premières collines de la Sierra Morena, s’étend ce qu’il reste de Medina Azahara, une cité née au Xe siècle pour répondre à une ambition politique rarement égalée dans la péninsule Ibérique.


Lorsque Abd al-Rahman III, devenu calife omeyyade, consolide son pouvoir en Al-Andalus, il décide de créer une ville entièrement nouvelle, destinée à symboliser la stabilité et la sophistication de son règne.


Plutôt que de se contenter d’agrandir Córdoba, il choisit un site vierge, légèrement en surplomb de la plaine. Cette position permettait d’avoir une perspective étendue sur le Guadalquivir et d’organiser la future cité selon un plan strictement hiérarchisé.


La tradition rapporte que la ville aurait été nommée d’après une femme appelée Zahra, mais la logique politique semble plus solide pour expliquer sa fondation : offrir au califat un siège qui ne soit pas seulement fonctionnel, mais démonstratif.


La nouvelle cité se déployait en terrasses successives. La plus haute accueillait les pavillons réservés au souverain, pensés pour contrôler visuellement l’ensemble du complexe. C’est là que se trouvaient les espaces d’apparat, décorés de marbre, de stucs finement ciselés et de boiseries importées.


En contrebas étaient installés les bureaux administratifs, les résidences des dignitaires et les zones de réception pour les émissaires étrangers. Plus bas encore s’étendait la ville ordinaire, avec ses ateliers, ses écuries, ses jardins utilitaires et les logements du personnel. L’ensemble formait une construction cohérente, où l’architecture servait à rappeler la rigueur de l’ordre politique.


L’un des lieux les plus remarquables est le Salon Rico, vaste salle où les délégations étaient reçues. Son architecture, savamment orientée pour faire jouer la lumière sur les surfaces sculptées, démontrait autant la richesse matérielle que la maîtrise artisanale du califat. La présence de bassins et de jardins méticuleusement ordonnés complétait cette mise en scène du pouvoir, sans équivalent dans la région à cette époque.


Malgré cette ambition, la ville n’eut qu’une existence brève. Les tensions qui éclatent au début du XIᵉ siècle, lors de la fitna (guerre civile au sein du califat omeyyade), entraînent pillages et destructions. Les structures encore debout sont ensuite abandonnées, puis utilisées comme carrière par les populations environnantes.


En quelques décennies, Medina Azahara cesse d’être un centre politique pour devenir un souvenir à peine mentionné par les chroniqueurs.


Ce n’est qu’à l’époque moderne que son identité est confirmée, et que les premières fouilles permettent de révéler l’ampleur du site.


Aujourd’hui, Medina Azahara constitue un témoignage unique sur l’urbanisme et le protocole d’une capitale califale. Même fragmentaires, ses vestiges permettent d’entrevoir l’ambition d’un pouvoir qui, pendant un moment relativement court, chercha à matérialiser sa vision du monde en construisant sa propre cité idéale.


Et voilà, c'est tout pour la minute culturelle...

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On a aussi eu la chance de se promener dans un de ces fameux village blanc, Obejo, tellement typique d'ici.



Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui... prochaine étape, encore inconnue à ce jour...


En attendant la suite, n'hésitez pas à laisser un commentaire et pensez à le signer. Merci 😀



Mezquita


Medina Azahara


Villages blancs :


 
 
 

3 commentaires


Invité
02 déc. 2025

Impressionnant 🫨 merci pour les explications. 😘😘😘

Papouille

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Invité
28 nov. 2025

Jolie!!!

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Invité
27 nov. 2025

🤩 c'est magnifique tout ça......bisous mes nièces💕

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